Moteurs

#TakeYourTime : Meet Fred & Hugo

J’ai poussé la porte des ateliers Blitz un vendredi matin, la tête un peu lourde, lendemain de fête oblige. N’ayant jamais fait de moto auparavant et démuni de permis, j’ai décidé de m’y laisser conduire, non pas par les moyens de locomotion habituels, mais par la curiosité d’une rencontre si atypique dans mon agenda de Parisien.

Arrivé dans les ateliers sans tenue de circonstance, je me sentais à nouveau démuni. C’est probablement la première fois que quelqu’un débarque chez Blitz en claquettes Lanvin et chemise hawaïenne. L’accueil qui m’attendait fut tout simplement électrique : du mouvement, de la fougue, des idées qui fusaient au rythme des étincelles de soudure. Les ateliers de Fred et Hugo sont un glorieux bazar, à la fois cabinet de curiosités et lieu de vie.

Mes connaissances en la matière n’avaient finalement que très peu d’importance. Très vite, je me suis rendu compte que ce que l’on partageait, c’était une passion pour la création, un goût pour le savoir-faire unique, le genre de sur mesure qui nécessite du temps : j’avais trouvé le point de rencontre entre Blitz et Lanvin.

Quelque part sur la route de leur histoire, je me suis laissé prendre au jeu. Deux heures après, je suis sorti de là le cœur – et la tête – bien plus légers. C’est à cela que tient la magie de la rencontre : faire oublier le temps le temps d’un instant. Voici quelques bribes de notre conversation. Merci Fred, merci Hugo.

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Blitz, la promesse d’une seconde vie…

Blitz est né de notre rencontre et de notre amour partagé pour la transformation en pièces uniques de motos dites anciennes. Ce projet a nécessité un temps de gestation de 5 ans. On ne change pas de cap aussi facilement (aupravant Hugo était paysagiste et j’étais directeur du marketing dans une société “dotcom”). Il nous fallait non seulement être certains de maîtriser toutes les techniques nécessaires à la bonne conduite de ce genre de projet (mécanique, électricité, design), mais aussi et surtout être certains d’être tous les deux sur l’exacte même longueur d’onde. Apprivoiser quelqu’un prend du temps. Sans que l’on s’en rende compte, donc, on a appris la patience.

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Et c’est cette patience qui nous permet aujourd’hui d’envisager sereinement la transformation de chacune des machines qui nous sont confiées. C’est ce temps qui passe lentement (surtout pour les clients) qui nous permet de savoir que nous ferons les bons choix (techniques et esthétiques). Nous n’avons jamais la vision globale et finale de la moto au moment où nous entamons son démontage. Cela se fait par étapes. Parfois diurnes. Parfois nocturnes. Avec des flash qui surviennent en plein sommeil.

Et ce n’est que parce que nous prenons le temps d’apprendre à connaître la personne qui nous confie son projet que nous avons la quasi certitude de lui remettre un objet qui lui corresponde parfaitement.

Paradoxalement, le mot “Blitz” vient d’un terme du football américain : il désigne une attaque rapide, “éclair”, pour gagner 1 ou 2 yards. Pas plus.

Nous souhaitons juste tracer notre sillon. A notre rythme. Sans nous trahir. Sans nous mentir. Le temps est devenu notre allié. Parce que nous l’avons décidé.

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Nous sommes aujourd’hui les deux seuls capitaines d’un microscopique navire. Nous n’avons pas l’envie d’augmenter la cadence, d’embaucher. Nous souhaitons juste tracer notre sillon. A notre rythme. Sans nous trahir. Sans nous mentir. Le temps est devenu notre allié. Parce que nous l’avons décidé. Un jour, un ami nous a dit : “Ce qui se construit sans le temps, se détruit avec.” Tout est dit. Cet ami, c’est Arthur de Kersauson, qui nous a permis à plusieurs reprises d’exprimer notre philosophie de vie au travers de mini films (et d’un long métrage, “The Greasy Hands Preachers”). Tous parlent de ce choix de prendre le temps de faire les choses, de les vivre.


Un souvenir de la route qui vous colle à la peau…

C’était un matin d’été. Nous devions partir pour le sud-ouest de la France (Biarritz) avant de gagner le Portugal. Hugo avait sa BMW R80 “Solo Seat” (date de fabrication : 1984). Il l’avait finie il y a quelques semaines déjà et avait pris le temps de la tester. Pour ma part, je venais de re-donner vie à ma BMW R100 “Green Hornet” (date de fabrication : 1978). Je l’avais redémarrée la veille. Sûr de mon fait, j’étais certain de partir en toute sérénité à l’assaut de la N20.

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Seulement voilà, après 3 km dans les rues désertes de Paris, mon frelon vert se met à fumer comme un avion de chasse touché en plein vol. De l’huile plein les pieds. Impossible d’envisager de prendre la route dans de telles conditions. Je dis à Hugo de continuer. Moi, je retourne à l’atelier pour réparer. Il s’exécute. Moi aussi.

Seulement au mois d’août, l’atelier est fermé. Je me résous donc à ouvrir le haut moteur entier sur le trottoir (échappement, cache-culbuteur, culasses et même cylindres sont déposés). 6 heures et 2 litres d’huile répandus sur le sol plus tard (pardon Mme Hidalgo, mais promis, j’ai nettoyé), j’avais trouvé la panne : un “reniflard moteur” bouché qui ne permettait pas à la pression interne du moteur de se dissiper correctement.

Je laisse un message à Hugo et lui explique que je partirai dès le lendemain, aux premières lueurs de l’aube. Et à 6 heures du matin, me voilà parti à la poursuite de mon acolyte. D’abord la Beauce. Puis la Loire. Enfin les vignobles bordelais avant d’attaquer la forêt des Landes et son incroyable odeur de pins.

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15 heures de route. Le nez au vent, l’oreille attentive au moindre mauvais bruit. Mais point de mauvais bruit. Simplement le ronronnement d’un bi-cylindre heureux de tourner au rythme de 3500 tours / minute. Une superbe vitesse de croisière de 90 km/h sur les routes secondaires de France. Et la fierté d’avoir pu prendre la route, sans aucune aide extérieure alors que tout jouait contre moi.

Ne jamais prendre l’autoroute. Eviter les lignes droites. Préférer les courbes, les paysages qu’offre la nature. Oublier l’emprise du temps.

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Nos “documentaires” ne sont que l’expression filmée de cette anecdote très personnelle : l’aventure folle de partir sur une machine plus vieille de 15 ans que le pilote. Ne jamais prendre l’autoroute. Eviter les lignes droites. Préférer les courbes, les paysages qu’offre la nature. Oublier l’emprise du temps. Emporter plus d’outils que de vêtements de rechange. Partir d’un point A sans se soucier du fait d’atteindre le point B, ou C, ou D… C’est ce que racontent nos mini films, notre documentaire. En toute authenticité. En toute simplicité. Avec le talent d’Arthur de Kersauson et de Clément Beauvais.


Là où le temps s’arrête…

Lorsque nous entrons dans notre atelier, et si nous n’avons pas de rendez-vous prévu ce jour-là, le temps s’arrête. Parce que nous nous concentrons uniquement sur ce que nous avons à faire à ce moment-là. Démonter une machine complètement, ouvrir un moteur afin d’en voir l’état avant de prendre l’éventuelle decision de changer des pieces (cylindres, pistons, segments, soupapes, etc…), ou bien encore refaire totalement un faisceau électrique avant de le replacer sur la moto en cours de remontage.

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La concentration est telle que plus rien ne compte. Nous sommes à ce moment-là déconnectés de la réalité qui nous entoure et nous n’entamons une “discussion” qu’avec les éléments qui sont à portée de nos mains. Nos outils, la machine. C’est presque comme une méditation. Particulière. Mais qui nous affranchit de toutes les autres contigences. On ne prend même pas le temps de déjeuner la plupart du temps.

Nous savons quand nous partons, mais jamais quand nous arrivons… voire, parfois, si nous arriverons. Ca fait partie de l’histoire que nous écrivons.

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Pour d’autres raisons, il en va de même lorsque nous prenons la route. Nous savons quand nous partons, mais jamais quand nous arrivons… voire, parfois, si nous arriverons. Ca fait partie de l’histoire que nous écrivons. Nous aimons dire que nous voyageons “en fonction des nuages”. Nous avons en effet tendance à ne pas aimer la pluie durant nos road-trips. De fait, nous aimons bien jouer au jeu du chat et de la souris avec les nuages, autant que faire se peut. Et si ce jeu nous emmène sur une autre route que celle que nous avions prévue initialement, alors nous re-pensons notre trajet. Et de fait, parfois, donc, notre destintation finale et le temps imparti pour l’atteindre.


La toute première moto que vous avez retapée…

La première moto que j’ai réparée est ma Royal Enfield Bullet 350 “Bullet” de 1963. Je l’avais achetée en panne juste avant d’entamer mes cours du soir de mécanique. Dès le premier jour de cours, en septembre 2004, j’ai demandé à mon professeur si, au lieu de travailler sur les voitures fournies par l’atelier du lycée professionnel où les cours étaient dispensés, je pourrais apporter mon propre véhicule. Il a accepté et la semaine d’après, je l’emmenais avec un ami à l’aide d’une camionnette de location.

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9 mois plus tard, un vendredi soir du mois de mai 2005, elle reprenait vie après plusieurs coups de kick.Le taux d’adrénaline qui a alors traversé mon corps n’avait jamais été aussi élevé. J’étais “Dieu” qui avait donné la vie. J’ai même appelé mon père et l’ami qui m’avait aidé à la transporter 9 mois plus tôt. Aucun n’a répondu mais tous deux ont reçu le même message vocal : celui du moteur en train de tourner car je n’avais pas les mots pour exprimer mon sentiment.

Et maintenant j’y repense, je me dis que 9 mois pour donner la vie, c’est somme toute assez symbolique, non ?

Hugo, lui aussi a connu cette même sensation : il avait “serré” le moteur de sa BMW R100 de 1980 sur la place de la Concorde par manque d’huile. Il était certain que le moto “était morte” et qu’il allait devoir la vendre comme épave. Je lui ai dit que non. Qu’on pouvait tout à fait réparer ce qui semblait ne pas pouvoir l’être. On a ramené la moto à l’atelier ; on a ouvert le moteur. Changé les cylindres, les pistons, les segments et bien entendu les joints de culasse + haut moteur. On a remis les 2,3 litres d’huile nécessaires, le contact. La moto a immédiatement re-démarré. Hugo était puissant comme Odin.

Et le plus fou dans tout ça, c’est que 10 plus tard, on a encore cette même sensation au moment de re-démarrer les motos que nous avons tranformées (donc totalement démontées au préalable).


Le temps nécessaire à la perfection de votre signature…

Notre signature est d’installer sur les motos qui nous sont confiées un réservoir qui n’est pas d’origine (pas la même marque, ou au pire, pas le même modèle). Et dans la plupart des cas, ce réservoir est monté “en l’état”. A part l’intérieur que nous traitons pour enlever la rouille, l’extérieur est laissé tel quel.

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Parce que les traces du temps sont inimitables. Irremplaçables. Et surtout, donnent à chaque reservoir un aspect totalement unique. Chaque reservoir abimé, cabossé, rouillé, raconte une histoire. Une histoire pleine de détails uniques. Et parce que cette histoire est en marche, il est forcément, selon nous, plus facile de se l’approprier pour y apporter son propre ADN. C’est notre definition du luxe.


Le défi qui reste à relever…

Chaque nouveau projet, quel qu’il soit, est un défi en soi. Chaque machine parce que nous ne reproduisons jamais deux fois le même travail. Nous devons sans cesse nous renouveler. Chaque collaboration parce que nous nous investissons à 100% avec nos partenaires pour produire des pièces de qualité, durables, atemporelles. Chaque voyage parce que si nous savons bien quand nous partons, nous ne savons jamais si nous arriverons au but final. Chaque film parce que nous ne pouvons imaginer proposer quelque chose qui ait déjà été vu / fait.

Le documentaire ‘The Greasy Hands Preachers’

de Clément Beauvais et Arthur de Kersauson

avec Fred et Hugo et Blitz Motorcycles

Actuellement disponible sur Vimeo VOD

Photos : Mohéli Rinaldi

 

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