Évasion

#TakeYourTime : Meet Laurent

Trop de choix tue le choix, j’en reste persuadé. Pour nous, les hommes affairés, trouver le bon hôtel à la dernière minute est un exercice qui risque de s’avérer coûteux et compliqué. C’est à cela que tient le génie de Tablet, destination qui répertorie les meilleurs adresses du monde avec goût et simplicité.

Seulement voilà, une fois la recherche lancée, on constate que le choix n’est pas si facile. Non pas que le site ne soit pas parfaitement ergonomique, loin s’en faut : chez Tablet, tout est fait pour plaire et distraire, et sans même que l’on s’en rende compte, on se surprend à prendre son temps…

Tablet est le digne reflet de celui qui l’a co-fondé : M. Laurent Vernhes, mi-New Yorkais, mi-Français, qui malgré ses rôles d’entrepreneur, mari et père de famille, trouve toujours quelques instants pour s’adonner aux petits plaisirs de la vie. Un grand cru, une séance de guitaire entre potes… Son plus grand rêve ? Constuire une maison de vacances. A mon sens, c’est déjà chose faite. Cette maison se prénomme Tablet.


Un moment privilégié dans la journée…

Pour l’automne, j’ai le projet d’instaurer un vrai moment privilégié dans mes journées : la sieste à l’heure du déjeuner. John D. Rockefeller l’a fait.

En attendant, j’ai mon moment hebdomadaire : les répétitions nocturnes avec mon pote Christophe et notre prof de guitare électrique, par ailleurs batteur de notre groupe de rock, Trainwreck. Je m’y suis mis il y a seulement un an et demi, avec cette Fender Stratocaster bleue achetée il y a vingt ans et que je n’osais plus sortir de son étui par honte de ne pas savoir en jouer.

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C’est mon fils aîné qui m’a demandé le plus naturellement du monde pourquoi je ne prenais pas de cours. C’est aussi lui qui m’a montré la voie en sortant toutes sortes de sons étranges de son piano et de son trombone pendant des années, avant que cela ne prenne finalement forme. Peu après avoir reçu ce conseil, par une nuit arrosée de très bons vins naturels, ce pote me parle de sa Telecaster. Même topo : enfermée depuis 20 ans… Nous commençions les leçons ensemble un mois plus tard !

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Nos sessions sont systématiquement arrosées de vin, de bon vin, ce qui a sans doute convaincu notre prof d’y participer. C’est la déconnection la plus totale de ma vie d’entrepreneur, de père, de mari et de fils. Nous travaillons en ce moment sur notre premier concert, qui devrait avoir lieu dans un bar de Smith St, à Brooklyn. Ça me terrifie d’avance.


Les 5 minutes qui ont tout changé…

Le 11 septembre 2001, Tablet – crée en Mars 2000 – se dirigeait vers une mort certaine. La bulle Internet venait d’exploser, nous avions abandonné nos premiers bureaux, chaises et meubles étaient entassés dans un entrepôt et mis en vente sur ebay. Ma première tentative d’entreprenariat semblait vouée à l’échec et je sombrais dans une sévère dépression.

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 Ce matin-là, je suis dans mon appartement, à trois blocks du World Trade Center, quand un premier avion, puis un deuxième, s’écrasent chacun dans une tour. Je regarde de ma fenêtre les tours en feu, incapable de réagir, avant de comprendre que les bouts de building que je vois tomber sont en fait des corps qui se jettent des étages supérieurs pour échapper à la fournaise. Là, je décide finalement de rejoindre… mon bureau, sorte de cagibi loué à un ami dans les locaux de sa société.

Tandis que je remonte Church St vers le nord, la première tour s’écroule dans un nuage de poussière qui nous poursuit. Une scène surréaliste. J’arrive au bureau, quelques blocks plus au nord, au milieu de scènes chaotiques – un camion de pompier qui percute une voiture de police à un carrefour vide – et d’une foule comme moi en état de choc. Je file dans mon cagibi pour essayer de me connecter à internet et obtenir de vraies infos. Toutes les radios des voitures du quartier étaient alors poussées à fond, comme en plein délire.

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Puis un grand cri. La deuxieme tour vient de s’écrouler et quelqu’un — qui sait où j’habite — me dit qu’elle a dû tomber sur mon quartier. Là, je me rends compte que cela n’a vraiment aucune importance, que Tablet n’a aucune importance, que je viens d’assister à la mort de milliers de personnes.

Je voulais une vie faite d’aventures. Je l’avais, et il ne fallait y laisser aucune force. Je me suis mis à prendre les jours un par un, calmement. Le temps s’est ralenti. Plus rien ne semblait vraiment grave.

Laurent Vernhes, Tablet

C’est bien plus tard que j’ai réalisé que ma descente dans la dépression, ce sentiment d’avoir foutu ma vie en l’air suite à l’échec de Tablet, à mon propre échec, avait été stoppée net ce matin-là. Je voulais une vie faite d’aventures. Je l’avais, et il ne fallait y laisser aucune force. Je me suis mis à prendre les jours un par un, calmement. Le temps s’est ralenti. Plus rien ne semblait vraiment grave. Pour moi, cette épreuve a aussi révélé ce qu’il y a d’âme chez les New Yorkais, d’habitude beaucoup trop occupés pour le montrer. C’était émouvant, ça m’a rendu plus optimiste sur la nature humaine. Comme j’habitais dans la zone touchée par les attentats, j’ai reçu des aides de l’état et de la ville pour continuer. Ce qui m’a permis 18 mois plus tard d’embaucher à nouveau une collègue à plein temps – d’ailleurs toujours chez Tablet. Tablet v2.0 était en marche.


Tablet 15 ans après…

Notre idée de départ, basée sur une fusion de curation et de commerce, était profondément innovante en 2000 mais est aujourd’hui très répandue. Après tout, c’était une bonne idée, souvent copiée ! Depuis, nous avons tenté beaucoup de choses. Tout n’a pas marché mais notre intégrité et notre indépendance financière ont été préservées à ce jour.

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Pas de temps mort pour se dire qu’on a réussi quelque chose. Même si, comme me le dit souvent un ami alpiniste, c’est bon pour le moral de regarder de temps en temps en arrière pour mesurer le chemin parcouru.

Laurent Vernhes, Tablet Hotels

Sur internet, la compétition intense punit ceux qui ne sont pas en mouvement perpétuel. Ces dernières années, il a fallu refondre toute la technologie du site (10 ans de couches de code, quand même…), ce qui a fortement ralenti notre croissance. Mais sans ce pari, c’était une morte lente assurée. Gros moments de doute car cette solution n’est pas la plus rapide, mais la lumière se profile, avec à nouveau une forte croissance et une pause forcée qui nous a donné le temps de penser à Tablet v3.0.

Quelques mots sur Tablet v3.0 ? Social + curation + app + personnalisation = plus d’impact. Je pense que le plus gros site de voyage au monde – Tripadvisor – est mûr pour être ‘disrupted’. Tripadvisor est devenu le plus grand amas mondial de données et d’avis aléatoires sur l’hôtellerie. Mais, au final, il ne répond pas à une question essentielle : est-ce que cet hôtel va me faire plaisir ? Nous ne serons peut-être pas ceux qui apporteront la meilleure réponse, mais nous allons au moins montrer la voie.


Là où on ne s’attendrait pas à vous croiser…

A Burning Man, dans le désert de Black Rock. Voir l’artefact envoyé…


Le secret d’un lieu où il fait bon prendre son temps…

A vrai dire, je ne sais pas comment prendre mon temps. Je me mets une pression quasi-constante et, autant que je me souvienne, j’ai du payer la note à chaque fois que je ne l’ai pas fait. C’est cette notion que la vie est trop courte qui a fait de moi un hyperactif, puis un entrepreneur. Pour prendre mon temps, je dois y être forcé.

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L’océan, par exemple, vous force à attendre le bon moment et à l’apprécier. En surf, quand on récupère du rouleau après une chute, qu’on regagne le rivage à la force des épaules, là où les vagues se cassent, on comprend ça. L’océan, la montagne et les éléments naturels calment mon besoin d’action. Une partie de moi veut toujours garder le contrôle — caracteristique assez commune aux entrepreneurs — et l’idee est sans doute de réussir à abandonner ce besoin de contrôle.

Mais je ne peux qu’être actif dans ma quête d’une réponse à cette question, c’est un peu la définition de la maison de vacances que j’aimerais construire. Il faudra savoir prendre son temps pour ce projet, mais c’est beaucoup plus facile pour moi quand j’exprime mon côté créatif.


Les destinations digitales qui vous font voyager…

Quand je voyage, je préfère planifier le moins possible, sauf l’endroit où je dors. Et pour trouver cet endroit, j’ai passé quinze ans avec mon équipe à construire la destination digitale idéale. Pour le reste, je préfère suivre mon instinct, des coups de tête, des coups de cœur, discuter avec des gens qui sauront me communiquer leur passion pour un endroit.

Sinon, j’ai un besoin continu de nouvelle musique. Les services de streaming type Spotify m’ont permis de faire de nombreux voyages que je n’aurais sans doute jamais faits si cette soif de nouvelle musique n’avait pu être étanchée…

Photos noir et blanc : Thomas Denuel (portrait) et James Hooker (bureaux)

Photos couleur : Clement Pascal pour Svbscription

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